Gérard Leseur

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Interview de Gérard Leseur

Je suis partenaire du PLIE depuis 2002. J’ai connu leur action à l’époque au CJD, un endroit où les dirigeants reçoivent une formation spécifique. C’est d’ailleurs là, je pense, que j’ai commencé à développer un goût pour l’engagement dans des actions sociétales. Je suis le fondateur du Groupe Altergis, une entreprise qui travaille dans le domaine de l’énergie et qui emploie plus de 370 personnes. Pour justifier notre engagement, je dis souvent qu’on ne peut pas être dans une entreprise qui gagne et une société qui perd. Il faut être responsable, et çà suppose donc d’accompagner et soutenir ceux qui n’arrivent pas à intégrer le monde du travail.

Un engagement personnel

Au début de notre collaboration, j’ai surtout été impliqué dans le parrainage. Là, j’ai vraiment pris conscience que l’on pouvait jouer un rôle important. Avec le PLIE, j’ai découvert un autre monde et une autre manière de s’engager. J’ai aussi compris qu’en fonction de la position que l’on peut avoir, les visions changent. J’ai toujours travaillé, comme salarié puis comme dirigeant, donc le monde du travail pour moi, c’était la normalité. Mais là, je me suis rendu compte du décalage. Parce que pour une personne en situation de précarité ce monde peut être perçu comme un univers très dur, et cela peut faire peur. Lorsqu’on est précaire, la vie quotidienne est difficile mais on y a ses repères. Passer du jour au lendemain de la précarité à l’emploi, c’est tout simplement insurmontable pour certains. On peut avoir peur des relations hiérarchiques, des contraintes du travail, ou du regard des autres, surtout quand on manque de qualifications.

En tant que dirigeant, et lorsque je parraine quelqu’un, j’essaye surtout de casser un peu les idées reçues. Un patron peut avoir le sens de l’humain, du respect pour l’autre, et la volonté de faire évoluer non seulement son entreprise mais aussi la société. Je ne crois pas être le seul dans ce cas, et même lorsqu’il n’est pas un grand humaniste, un patron n’est pas nécessairement un profiteur.

Une culture d’entreprise

Au delà de mon engagement personnel, mon entreprise aussi participe activement aux actions du PLIE. On reçoit beaucoup de jeunes qui viennent faire des périodes d’application ou des stages de découverte. Il faut reconnaître que nos salariés, qui s’engagent déjà fortement dans la production, ont un certain mérite à accepter de donner aussi du temps à des personnes qui viennent de l’extérieur. Mais la plupart d’entre eux participent volontiers, et je crois même que le fait de transmettre un peu de leur motivation aux autres les renforce dans leur détermination. Je suis mal placé pour évaluer l’apport de ces actions en interne, vu que c’est moi qui les ai impulsées. Mais je ne crois pas me tromper si je dis que ça donne au moins un état d’esprit, des valeurs fortes, notamment autour de la place de l’humain dans l’entreprise et dans la société. Nous avons d’ailleurs dédié un poste à cette démarche qui porte le label RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise). Et nous avons fait d’emblée le choix de l’associer à la démarche qualité.

Vous savez, l’entreprise à une mauvaise image en France. C’est dommage. Parce que l’entreprise est vraiment un des piliers de l’organisation sociale. Pas seulement dans sa contribution financière ou économique, mais aussi en termes de lien social et d’évolution personnelle. Si chacun était conscient de ça, politiques, entrepreneurs, salariés, c’est toute la société qui en tirerait profit. Je pense sincèrement que c’est une question d’éducation et de pédagogie. Et à ce titre, le rôle du PLIE est très important parce qu’il fédère des acteurs locaux autour de cette idée toute simple qu’il faut apprendre à se connaître et que, pour cela, il faut se rencontrer en évitant de se poser en juges, en rompant avec les idées reçues.

Pour une entreprise ouverte

Vous ne vous doutez pas à quel point il suffit souvent de peu pour changer les visions des uns et des autres. Une poignée de main, un rapport franc et direct, un accueil attentif pour les nouveaux arrivants, une explication des valeurs qui nous réunissent, cela suffit déjà à évacuer pas mal d’inquiétudes. On ne se lève pas le matin en pensant aux résultats, on est là aussi pour mettre du sens dans nos actions. Pour cela aussi, la collaboration avec le PLIE est très importante. Vous savez, on attend trop de l’Etat et on ne donne peut-être pas assez d’importance aux actions du monde associatif. Selon moi, les associations comme le PLIE sont vraiment nos partenaires pour la construction d’une société plus adaptée aux enjeux d’aujourd’hui. Il y a là une vraie utilité sociale, parce qu’on ne peut pas laisser les personnes qui veulent vraiment travailler se débrouiller seules. Ce serait faux de croire que le chemin vers l’emploi est facile à trouver, et ce serait irresponsable de ne pas mettre tous les moyens possibles pour y arriver. Quand la motivation existe, c’est notre responsabilité de l’accompagner. Beaucoup de personnes, y compris dans les chefs d’entreprise que je rencontre, trouvent tout cela très bien, mais rechignent à y participer. Alors que, précisément, c’est un effort à faire tous ensemble : rendre les entreprises plus ouvertes, plus responsables, préparer les personnes au monde du travail, ne pas laisser les plus faibles se décourager.
Voilà un vrai enjeu pour l’avenir.